Au Soudan, toute l’assurance est islamique : depuis le décret ministériel n° 219 de 1992, assureurs et réassureurs conventionnels ont été convertis, et l’Insurance Act 2018 impose aujourd’hui à chaque compagnie d’opérer selon la charia sous un modèle coopératif.
Une conversion décidée par décret en 1992
Le décret ministériel n° 219 de 1992 a transformé l’ensemble des assureurs et réassureurs conventionnels soudanais en compagnies conformes à la charia. Selon la fiche marché de la FAIR, la charia régit tout le secteur depuis 1993, sans coexistence avec une offre classique.
De la loi de 2001 à l’Insurance Act 2018
Trois textes ont structuré le marché : l’Insurance Supervision Act 2001, puis l’Insurance and Takaful Act 2003, enfin l’Insurance Act 2018, qui constitue le cadre en vigueur. Chaque étape a consolidé l’obligation pour les compagnies de respecter les principes islamiques.
Un nom de régulateur qui varie selon les sources
La FAIR parle de National Insurance Regulatory Authority, la revue MEIR de National Insurance Supervisory Authority en 2021, et Leading Edge d’Insurance Supervisory Authority en 2016. Aucun site officiel n’a été vérifié ; la Banque centrale du Soudan ne supervise pas l’assurance.
Pionnier dès 1979 avec l’Islamic Insurance Company
Bien avant la conversion générale, l’Islamic Insurance Company, créée en 1979, fut la première compagnie takaful du pays. Elle détenait encore 15,9 % des primes directes en 2020, ce qui en fait le deuxième acteur du marché soudanais.
Shiekan, leader historique du secteur
Fondée en 1983 et publique selon Axco, Shiekan Insurance and Reinsurance pesait 16,9 % des primes en 2020. Sa direction revendiquait près de la moitié du marché en 2016, et la compagnie comptait 79 agences en 2015.
Les autres compagnies à connaître
Derrière les deux leaders, la FAIR cite Taawuniya Insurance avec 12,8 %, United Insurance avec 10,8 %, El Nilein Insurance avec 8,9 % et El Baraka Insurance avec 7,3 %. Toutes appliquent le même cadre islamique imposé par la loi.
Combien d’assureurs opèrent à Khartoum
Les décomptes diffèrent : 13 compagnies en 2015 selon MEIR, 15 en 2021 selon Axco, 16 assureurs et 2 réassureurs en 2020 puis 17 compagnies en 2022 selon la FAIR. Les primes directes atteignaient environ 22,3 milliards SDG en 2020.
Un vocabulaire local particulier
Au Soudan, le terme takaful désigne spécifiquement la branche vie, et les primes sont appelées contributions. Pour comprendre la logique de cette protection familiale, consultez notre page sur l’assurance vie conforme à la charia, qui détaille épargne et prévoyance.
La réforme du modèle coopératif annoncée en 2021
Fin 2021, le régulateur a annoncé revoir le modèle appliqué depuis plus de quarante ans : investissements partagés à 70/30 entre actionnaires et assurés, frais de gestion portés vers 30 % des contributions et 2,5 % des fonds affectés à la formation.
Frais de gestion et logique de wakala
Des frais proches de 30 % des contributions rapprochent le système soudanais d’une rémunération de gestionnaire. Le fonctionnement d’un opérateur payé pour gérer le fonds des participants est expliqué sur notre page dédiée à la rémunération wakala de l’opérateur.
Khartoum, siège d’une fédération internationale
L’International Federation of Takaful and Islamic Insurance Companies a son siège à Khartoum, signe du rôle de référence du pays. La Libye y a adhéré, et l’offre takaful égyptienne voisine offre un point de comparaison régional utile.
Situation pratique et données à recouper
Les chiffres disponibles datent de 2020 à 2022 et les compagnies conservent des agences fermées au Soudan du Sud depuis 2011. Avant tout contrat, vérifiez l’agrément actuel de l’assureur et la continuité de ses agences, les sources publiques étant parfois anciennes.
Souscrire un contrat auprès d’un assureur soudanais
- Choisir une compagnie citée dans les classements de la FAIR, comme Shiekan, Islamic Insurance Company ou Taawuniya, et confirmer son agrément auprès de l’autorité de supervision.
- Préciser la branche visée : au Soudan, le mot takaful renvoie à la vie, tandis que l’auto ou l’incendie relèvent de l’assurance générale islamique.
- Demander la répartition des contributions entre fonds des assurés, frais de gestion et investissements, notamment depuis la réforme 70/30 annoncée fin 2021.
- Lire les exclusions, en particulier pour les biens situés dans les zones où l’assureur a fermé ou réduit ses agences.
- Conserver la police et les reçus de contributions, puis déclarer tout sinistre rapidement à l’agence avec les justificatifs demandés.
Ce qui compose la contribution soudanaise
| Élément | Rôle | Ce qui le fait varier |
|---|---|---|
| Contribution au fonds | Alimente la caisse commune qui paie les sinistres | Branche, valeur assurée, historique de sinistres |
| Frais de gestion | Rémunèrent la compagnie gestionnaire | Orientés vers environ 30 % des contributions selon la réforme 2021, indicatif |
| Produit des placements | Partagé entre actionnaires et assurés | Clé 70/30 annoncée par le régulateur, indicatif |
| Part formation | Finance la formation du secteur | 2,5 % des fonds selon l’annonce de 2021, indicatif |
| Franchise | Montant laissé à la charge de l’assuré | Fixée au contrat selon le risque |
Pièces généralement réclamées
- Pièce d’identité nationale ou passeport en cours de validité
- Justificatif d’adresse ou attestation de résidence
- Certificat d’immatriculation du véhicule pour l’assurance automobile
- Titre de propriété ou contrat de bail pour un bien immobilier
- Questionnaire médical pour la branche takaful vie
- Contrat de financement murabaha en cas de bien financé par une banque islamique
Erreurs fréquentes au Soudan
- Croire qu’il existe une alternative conventionnelle : depuis 1993, toutes les compagnies agréées doivent opérer selon la charia, la comparaison porte donc sur le service et les frais.
- Confondre la Banque centrale du Soudan avec l’autorité de l’assurance, alors que la supervision du secteur relève d’une instance distincte dont le nom varie selon les sources.
- Demander un produit takaful pour sa voiture sans savoir que, localement, takaful désigne l’assurance vie et non la branche automobile.
- Se fier à des parts de marché anciennes, comme les 50 % revendiqués par Shiekan en 2016, sans consulter les données plus récentes de la FAIR.
- Négliger de demander par écrit comment les produits des placements sont partagés entre actionnaires et participants depuis la révision annoncée en 2021.
Vos questions sur le takaful soudanais
Toutes les assurances soudanaises sont-elles islamiques ?
Oui. Le décret n° 219 de 1992 a converti tous les assureurs et réassureurs, et la charia s’applique à l’ensemble du secteur depuis 1993. L’Insurance Act 2018 maintient cette exigence pour chaque compagnie agréée.
Quel est le premier assureur islamique du pays ?
Historiquement, l’Islamic Insurance Company, fondée en 1979, est la première compagnie takaful soudanaise. En volume, Shiekan arrivait en tête en 2020 avec 16,9 % des primes directes, juste devant l’Islamic Insurance Company à 15,9 %.
Que signifie takaful dans le vocabulaire local ?
Selon la FAIR et Axco, le mot takaful désigne au Soudan l’assurance vie. Les autres branches, comme l’automobile ou l’incendie, sont aussi islamiques mais relèvent de l’assurance générale, et les primes y sont appelées contributions.
Pourquoi le modèle coopératif a-t-il été révisé ?
Fin 2021, le régulateur a jugé utile d’adapter un modèle vieux de plus de quarante ans : partage des placements à 70/30, frais de gestion portés vers 30 % et 2,5 % des fonds réservés à la formation.