Le maysir désigne le gain obtenu par le hasard, comme dans un jeu ; plusieurs savants reprochent à l'assurance conventionnelle qu'une partie gagne ce que l'autre perd selon la survenance d'un sinistre, objection à laquelle le takaful répond par le don mutuel.
Un interdit qui vise l'enrichissement par le hasard
Le maysir figure, avec le riba et le gharar, parmi les trois interdits que le takaful doit respecter. Il vise toute opération où l'enrichissement d'une partie dépend du hasard plutôt que d'un travail, d'un échange équilibré ou d'un risque réellement partagé.
Le raisonnement appliqué au contrat d'assurance
L'assuré verse une prime. S'il ne subit aucun sinistre, l'assureur conserve la somme ; si le sinistre survient, l'assuré peut recevoir bien davantage que ce qu'il a payé. Pour les critiques, ce gain suspendu à un événement fortuit rappelle le pari.
Maysir et gharar : deux défauts liés mais distincts
Le gharar, ou incertitude excessive du contrat, porte sur ce qui est échangé ; le maysir porte sur l'esprit spéculatif du gain. Un contrat peut cumuler les deux, et l'assurance conventionnelle est souvent critiquée sur ces deux terrains à la fois.
La réponse par le risque pur
La FAQ takaful de State Life, au Pakistan, rappelle que l'assurance, takaful compris, ne couvre que le risque pur : perte ou absence de perte. Le risque spéculatif, qui offre une possibilité de gain, est exclu, et l'indemnité ne dépasse pas la perte subie.
Pourquoi cet argument ne règle pas tout
Le principe indemnitaire répond en partie à l'objection, mais l'assureur classique reste dans une logique de résultat : il profite des primes non consommées par les sinistres. C'est sur ce point que le takaful modifie la structure plutôt que le seul montant indemnisé.
Le fonds des participants change la position de l'opérateur
Dans le takaful, les contributions vont dans un fonds commun appartenant aux participants. L'opérateur ne gagne pas lorsque les sinistres sont faibles : il perçoit une commission de wakala pour sa gestion, indépendante du hasard des sinistres dans le modèle d'agence.
L'excédent revient aux participants, pas au hasard
Lorsque les sinistres sont inférieurs aux contributions, l'excédent du fonds ne devient pas le gain de l'opérateur. Il peut être restitué aux participants, réduire leurs contributions futures ou financer des remises, comme l'explique la page consacrée au surplus takaful.
Wakala ou mudaraba : des nuances sur le partage
Selon State Life, en wakala le surplus revient entièrement aux participants, tandis qu'en mudaraba il est partagé entre actionnaires et participants. Le souscripteur a donc intérêt à vérifier sur quelle base l'opérateur est rémunéré, afin que son revenu ne dépende pas d'une faible sinistralité.
Les placements doivent eux aussi éviter la spéculation
Le grief concerne aussi l'investissement des réserves. Les opérateurs takaful placent les fonds dans l'immobilier, les banques islamiques, les actions conformes et les sukuk, et excluent notamment les entreprises vivant de l'alcool, du tabac, de la pornographie ou de l'armement.
L'organe charia vérifie l'absence de jeu
Le contrôle ne repose pas sur la seule déclaration de l'opérateur. Au Pakistan, les Takaful Rules de la SECP imposent un Shariah Board et un audit charia à chaque exercice ; en Afrique du Sud, les polices sont généralement approuvées par un savant certifié.
Produits à surveiller : épargne et takaful familial
En takaful familial avec épargne, l'IFSB distingue le fonds d'investissement des participants, où ceux-ci portent le risque de placement. Une épargne exposée aux marchés n'est pas du maysir en soi, mais elle doit reposer sur des actifs conformes et des règles transparentes.
Ce qu'en disent les normes internationales
L'AAOIFI a adopté en 2006 sa norme charia n° 26 sur l'assurance islamique. L'IFSB, établi à Kuala Lumpur, définit le takaful comme une mise en commun des expositions aux événements futurs incertains, afin que les participants s'entraident selon les principes de la charia.
Écarter le maysir dans le choix d'une couverture
- Vérifier que l'opérateur est agréé pour le takaful par l'autorité de contrôle des assurances compétente.
- Identifier dans le contrat qui possède le fonds de risque et qui conserve l'excédent en fin d'année.
- Contrôler que la rémunération de l'opérateur est une commission de gestion ou une part de profits d'investissement clairement chiffrée.
- Pour un produit avec épargne, demander la liste des actifs autorisés et les critères d'exclusion sectorielle appliqués.
- Consulter l'avis du comité charia et le rapport d'audit charia le plus récent avant toute souscription.
Composantes du coût et lien avec le maysir
| Élément | Fonction | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Contribution au fonds | Mutualise les sinistres entre participants | Doit être qualifiée de don et non de mise |
| Frais de wakala | Rémunération fixe de l'opérateur | Ne doit pas augmenter avec une faible sinistralité |
| Partage mudaraba | Part de l'opérateur sur les rendements | Ratio connu et limité aux profits d'investissement |
| Redistribution du surplus | Retour de l'excédent aux participants | Calcul au prorata, net des sinistres perçus |
| Fonds d'investissement des participants | Épargne du takaful familial | Placements conformes, risque porté par l'épargnant |
Documents utiles pour juger un produit
- Les conditions générales détaillant la nature de la contribution
- La note décrivant le modèle wakala, mudaraba ou mixte
- Le rapport d'audit charia de l'opérateur
- La politique d'investissement et la liste des exclusions sectorielles
- Pour un produit familial, le relevé du compte d'investissement du participant
Idées reçues sur le maysir
- Assimiler toute assurance à un jeu : indemniser une perte réelle n'est pas parier, le grief porte sur la structure de gain de l'assureur.
- Choisir un produit d'épargne présenté comme islamique sans vérifier que ses supports excluent les activités interdites par la charia.
- Supposer que la rémunération de l'opérateur est neutre sans regarder si elle dépend du surplus technique du fonds.
- Se fier à un argument commercial halal sans comité charia nommé ni audit charia réalisé à chaque exercice.
- Oublier que la responsabilité civile automobile reste obligatoire là où aucune offre takaful n'est disponible.
Maysir et takaful : réponses courtes
Pourquoi l'assurance classique est-elle comparée à un jeu de hasard ?
Parce que l'issue financière dépend d'un événement fortuit : l'assureur garde la prime sans sinistre, l'assuré reçoit plus qu'il n'a payé en cas de sinistre. Les critiques y voient un transfert de richesse suspendu au hasard, proche du maysir.
Le takaful supprime-t-il totalement l'aléa ?
Non. L'aléa des sinistres demeure, mais il est porté collectivement par un fonds appartenant aux participants. Le don au fonds, l'indemnisation limitée à la perte et le retour du surplus empêchent qu'une partie s'enrichisse au détriment de l'autre.
Le modèle mudaraba pose-t-il un problème de maysir ?
Il partage le surplus entre actionnaires et participants, alors qu'en wakala le surplus revient aux seuls participants selon State Life. L'IFSB le reconnaît comme modèle opérationnel, mais le participant doit connaître précisément la base de calcul de la part revenant à l'opérateur.
Que faire si aucun takaful n'existe dans mon pays ?
Les obligations légales, comme l'assurance automobile au tiers, s'imposent. Beaucoup de fidèles consultent alors un savant, privilégient des solutions mutualistes ou communautaires et lisent attentivement les exclusions. Les offres takaful transfrontalières peuvent aussi couvrir certains besoins, comme le rapatriement.